La question de l’enregistrement d’une batterie acoustique a déjà pas mal été abordée ici mais j'avais il y a quelques années rédigé un article sur le sujet, que j'ai un peu mis à jour. Alors peut-être que ça aidera/intéressera certain-es par ici, sait-on jamais je le poste donc. Notez bien que je ne suis pas du tout un pro de la technique du son, ce que je partage ci-dessous sont des expériences persos et il n'y a absolument rien gravé nul part par rapport à ce que je dis. Il y a d'autres méthodes, et des bien meilleures, mais je sais que c'est un univers parfois difficile à aborder, et j'ai pensé que mon expérience pourrait éventuellement servir.
Dimensionner son projet à son budget, sa motivation, ses disponibilités et ses objectifs
Avant d’aborder la partie technique, il est primordial de dimensionner son projet d’enregistrement. Pour ce faire, je vous conseille l’excellent article de Damien sur les 7 obstacles à éviter :
http://blog-batteur-debutant.fr/enregis ... -batterie/
Le budget
Evidemment, on ne peut dépenser plus d’argent que l’on a, et le matériel à choisir pour l’enregistrement d’une batterie acoustique dépendra fortement de l’argent que vous êtes prêts à y investir.
La motivation et les disponibilités
Il faut avoir envie d’apprendre et de mettre les mains dans le cambouis si l’on veut s’attaquer à la sonorisation/l’enregistrement d’une batterie entière. Apprendre à se servir du matériel, gérer les branchements et les réglages, mais également le mixage. Il faut savoir, impérativement, que l’enregistrement est un vrai métier et qu’en tant qu’amateur il est difficile de se former parfaitement à cette science, surtout lorsqu’on s’y attaque en tant qu’autodidacte. Prévoyez donc beaucoup de temps pour apprendre, et beaucoup de patience !
Définir ses objectifs
Voulez-vous enregistrer votre batterie grossièrement, afin de juste réécouter vos rudiments joués au métronome pour vous assurer qu’ils sont réguliers ? Dans ce cas, un simple magnétophone ou un appareil d’enregistrement (type Zoom) vous suffira.
Ou alors voulez-vous créer des enregistrements de la meilleure qualité possible, pour vos covers sur Youtube ou pour des maquettes de votre groupe ? C’est cet aspect-là que nous allons aborder ici.
Jamais une qualité professionnelle
Sachez tout d’abord que, dans la majorité des cas, l’enregistrement réalisé par un amateur n’atteindra jamais la qualité d’un enregistrement en studio professionnel. Et pour cause, passer par un véritable studio vous coûtera plusieurs milliers d’euros, justifiés par les compétences d’ingénieurs du son et de matériel professionnels. A moins donc que vous soyez un génie plein aux as, acceptez donc l’idée que votre batterie ne sonnera pas comme celle de votre batteur préféré !
Mais elle peut déjà sonner très bien, si on y passe du temps et qu’on se donne de la peine !
Le matériel
Dans un studio professionnel, voici au bas mot le matériel que l’on peut trouver rien que pour la prise de son d’une batterie acoustique :
- 2 micros pour le kick ;
- 2 micros pour le snare ;
- 2 à 4 micros pour les cymbales ;
- 1 micro pour le hi-hat ;
- 1 micro pour chaque tom ;
- 1 micro d’ambiance.
Chacun de ces micros professionnels coûtera entre 100 € pour les moins onéreux jusqu’à plusieurs centaines d’euros pour les plus chers. D’une manière générale, vous pouvez partir du principe que, plus cher est le micro, de meilleure qualité il est. Cependant, de nombreux micros de gamme moyenne sont parfaitement valables pour l’enregistrement de votre batterie acoustique. A moins d’avoir le budget, c’est d’ailleurs sur ces micros moins dispendieux que vous allez jeter votre dévolu.
A raison je pense, car le matériel professionnel et très cher et qu’au vu de vos compétences, vous ne parviendriez pas forcément à exploiter pleinement les capacités de ces micros.Le matériel haut de gamme n’a - à mon très humble avis - de sens que si l’ensemble de la chaîne est haut de gamme, du séquenceur à l’interface batterie-ordi.
Vous trouverez dans vos boutiques préférées (en ligne ou avec pignon sur rue) toutes sortes de modèles à des prix variés, dont des packs de 5 ou 6 micros pour moins de 300 euros par exemple. Ils contiennent généralement trois micros toms, un micro kick, deux overheads (micros cymbales) et parfois un micro caisse-claire. Ce dernier micro ne se différencie parfois pas des micros toms.
Personnellement, je dispose d’un pack de microphone LD Systems D1017 dont le prix est environ de 150-200€. Je n’ai absolument rien à reprocher à ce set de microphones à bas prix. Etant donné ce qu’ils ont coûté, ils restituent un son tout à fait correct bien que loin des canons professionnels. Aucune importance, on veut s’enregistrer bien et propre, pas sortir un album ! J’ai depuis investi dans d’autres équipements, mais cela a pris plusieurs années et je ne suis toujours pas dans le haut de gamme.
Néanmoins, je conseille l’achat de micros mieux adaptés sur le snare et le kick. Pour le premier élément, on choisira par exemple un Shure SM-57, 100 euros, extrêmement performant pour son prix (et utilisable pour d’autres instruments), pour le second un Shure bêta 52 ou un AKG D112, références en la matière et au prix relativement abordable. Pour les micros toms on peut citer les Sennheiser e-604 ou les e-904 ou Shure PGA56. Pour les overheads, bin j’en sais rien. J’ai une paire d’AKG P170 depuis peu, ça a l’air cool mais je peux pas en dire grand-chose pour l’instant.
De même, j’ai également limité mon choix des micros aux éléments de ma batterie de façon à être complet, mais pas trop. Je n’ai donc pas de micro dédié au hi-hat, ni de micro d’ambiance car cela me rajouterait beaucoup de travail (et me coûterait cher) au mixage pour un gain sonore final absolument pas garanti.
En partant de ces exemples, nous avons donc :
- 2 micros overheads pour les cymbales, fournis dans un pack ;
- 3 ou 4 micros toms ;
- 1 micro snare, fourni dans un pack ou acheté par ailleurs ;
- 2 micro kick;.
Il est important que chaque fût de votre kit dispose de son propre micro, afin de faciliter l’enregistrement et le mixage ensuite. Il est toutefois possible d’utiliser un seul micro pour les toms médiums, par exemple, mais nous abordons une technique complète ici, je ne m’attarderai donc pas sur les solutions « intermédiaires ». Il y a des tas d’autres techniques, même avec juste des overheads mais c’est pas le propos.
Position des micros
Selon le matériel que vous avez en votre possession, le placement des micros peut varier. Tout dépendra également de vos goûts en la matière et je vous encourage donc à faire différents tests de sorte à vous faire une idée.
Quelques conseils néanmoins :
Les micros overheads sont généralement des micros statiques. On les appelle « overheads » (par-dessus tête en français) car ils se situent au-dessus de la batterie et sont chargés de prendre le son global de votre batterie. Pour certaines prises de sons minimalistes, ils sont les seuls micros utilisés. Dans une prise de son complète, ils donneront une image sonore globale de votre kit, mais auront pour charge principale de restituer le son de vos cymbales, les autres éléments étant enregistrés par des micros de proximités.
Les micros pour les toms et le snare sont des micros dynamiques. Cela signifie qu’ils sont capables d’encaisser une forte puissance sonore et on les utilise donc comme micros de proximité. Ils viennent se placer sur le bord du fût, à quelques centimètres de la peau, et on les dirige plus ou moins vers le centre de la peau, là où elle est frappée. Suivant la qualité des micros, ils devront être plus ou moins orientés vers le bord du fût ou vers le centre, mais également selon le son recherché (plus d’harmonique ou plus d’attaque). Il est également possible de placer des micros sous les fûts (c’est une prise de son répandue pour la caisse-claire) qui vont enregistrer plus de résonance et d’harmoniques, mais moins d’attaque.
Le micro pour la grosse-caisse est également dynamique. Généralement on fait un trou circulaire dans la peau de résonnance (event de décompression) et on y place le micro, orienté vers la peau de frappe. Suivant le micro, on le désaxe parfois de l’endroit où la batte frappe la peau pour éviter que le souffle provoqué ne soit trop prononcé à l’enregistrement. Il existe aussi des microphones subkicks développés à partir de hauts-parleurs dont la fonction est intégrée (c’est souvent un truc rond posé contre la peau, vous avez peut-être déjà vu). Mais ça coûte une blinde, jamais testé.
Enregistrement de la source sonore
Vous avez vos microphones et savez comment les placer, mais comment allez-vous enregistrer le signal sonore pour réaliser votre cover ou votre démo de groupe ?
Si, à une époque, l’on enregistrait tout ça sur bande avant de savamment coller-recoller les morceaux, on peut aujourd’hui s’appuyer sur l’informatique pour simplifier le processus d’enregistrement. Il vous faut donc un ordinateur. Sans nécessité d’acheter un mac pro, il vous faut une machine qui tienne la route. Avec ceci, il vous faut un logiciel de MAO (musique assistée par ordinateur). Dans les logiciels professionnels et coûteux, on trouve Cubase, Pro Tools, Ableton ou Logic. Il en existe aussi des gratuits ou presque comme Reaper.
Entre votre ordinateur et vos micros, il vous faut une interface sur laquelle on puisse brancher les microphones et restituer le son dans l’ordinateur. C’est ce qu’on appelle une carte son externe. Elle doit disposer de suffisamment d’entrées XLR pour y brancher chacun de vos micros, et de préamplificateurs intégrés. Un câble usb relie généralement la carte son à l’ordinateur. Certaines tables de mixage peuvent également faire l’affaire.
D’une manière générale, les micros overheads nécessitent une alimentation fantome 48v. La plupart des cartes son en sont équipées pour toutes ou parties de ses entrées micros.
Je connais peu de cartes son équipées de suffisamment d’entrées et à prix abordables, je conseille donc le matériel que je possède par exemple, soit une Tascam US-1800 (8 entrées mic) à moins de 300€.
Basiquement, la carte son est équipée de préamplificateurs qui permettent à vos micros de capter le son de votre batterie avec suffisamment de puissance. Le son est ensuite redirigé dans votre ordinateur via la carte son par USB directement dans votre séquenceur de MAO. La technologie, c’est fantastique !
Résumons un peu le coût de l’opération :
Une carte son à 300 €, un pack de microphone à 200 €, quelques câbles XLR, 40€. Vous avez votre matériel d’enregistrement pour une batterie acoustique en amateur pour la coquette somme d’environ 600 €. Un investissement, certes, mais pas prohibitif. Et on parle ici de matériel neuf.
Vous reste encore l’achat d’un séquenceur (je vous recommande la solution gratuite car ça coûte un bras) et vous êtes parés à vous enregistrer proprement !
Oui, mais… ça ne s’arrête pas là !
Le mixage
On a parlé plus tôt de MAO (musique assistée par ordinateur), cela signifie que l’on va profiter des avancées de la technologie pour s’affranchir de tout le matériel coûteux et pesant des vieux studios d’enregistrements. On se retrouve donc avec un programme informatique qui contient des tas de « plugins » numérisés, comme des compresseurs, des reverb, des delay, des equalizers et j’en passe. Bref, tout le traitement du son va pouvoir se faire uniquement avec une souris, un clavier, et de bonnes oreilles. Tant que j’y suis, ajoutez un bon casque ou une bonne paire d’enceintes à votre liste de courses, ça peut servir !
Dans votre logiciel, vous allez créer une piste par micro, toutes en mono et y attribuer à chacune un micro. Première piste le snare, deuxième le kick, troisième le premier overhead etc. etc. Il vous faudra ensuite paramétrer les réglages de vos préamplis (potards sur la carte son) pour éviter toute saturation à l’enregistrement (ne pas dépasser la ligne rouge !).
Vous pouvez désormais enregistrer votre batterie. Et pour un cover, vous créez une simple piste stéréo, y copiez-collez votre musique drumless, et jouez par-dessus grâce à un casque relié à votre carte son qui restituera la musique. Magie !
Pour le traitement du son après l’enregistrement, j’ai sélectionné quelques réglages et plugins de base. On peut bien sûr aller beaucoup plus loin, mais il faut aussi être beaucoup plus compétent !
Pan stéréo
Pour que votre batterie ne sonne pas trop bordel, il est utile d’en étendre l’acoustique sur tout le spectre sonore. On va donc placer notre batterie de gauche à droite, ou de droite à gauche selon les préférences. Un overhead à gauche, un à droite, le snare et le kick au centre du mix, et les toms étalés d’un côté à l’autre : cela va déjà beaucoup faciliter votre mixage.
Vous pourriez vous arrêter ici dans le traitement du son suivant le résultat que vous obtenez, mais voici quelques conseils :
Pluggins de base
Noise Gate
Traduisons par « porte anti-bruit » pour en simplifier la définition. La gate est un plugin que l’on va venir placer sur les éléments dynamiques de la batterie. Soit tous les éléments sauf les micros overheads ou d’ambiance. La gate va permettre de limiter ce que l’on appelle la « repiss » c’est-à-dire l’apparition dans la piste dédiée au snare, par exemple, de sons issus du reste du kit. Avec le bouton threshold, on va choisir à partir de quel volume la « porte » se ferme de sorte à n’entendre quasi plus que les sons du snare et éliminer les sons résiduels du reste du kit.
Attention toutefois à ne pas trop fermer la porte, car si vous faites des roulements ou des ghosts notes, suivant vos réglages, ils vont passer à la trappe !
Compresseur
Comme son nom l’indique, le compresseur compresse. Il est utile notamment sur le kick et le snare (mais parfois aussi sur les toms) en venant réduire la dynamique des sons plus violents au-delà d’un seuil que vous définissez grâce au bouton threshold. Il vous est ensuite possible de régler l’attaque, c'est-à-dire le temps pris par la compression. Basiquement, ça fera sonner vos coups de snare plus ou moins puissamment, dans une moindre mesure bien sûr.
L’astuce magique pour la batterie consiste en ce qu’on appelle la « compression parallèle ».
Equalizer
L’equalizer permet de booster ou d’atténuer certaines fréquences sur un son. Si votre son de snare contient une vibration qui vous gêne, par exemple, vous pouvez l’atténuer avec l’equalizer. A contrario, vous pouvez amplifier une fréquence que vous souhaitez voir mise plus en avant. Le traitement par equalizer de chaque élément de batterie me paraît une étape quasiment obligatoire pour obtenir un son agréable.
La reverb
On peut juger artificiel le fait de rajouter de la reverb sur un kit de batterie au mixage. Et c’est tout à fait vrai. Seulement vous vous rendrez compte bien vite que dans votre pièce très bien insonorisée et en l’absence de microphone d’ambiance (qui capte donc le son de la résonnance dans la pièce), votre kit risque de sonner un peu « poc-poc ». Mettre de la reverb sur vos éléments de batterie, avec parcimonie, permettra de redonner un peu d’ampleur à votre son.
Personnellement, j’utilise uniquement ces quatre plugins. Il s’agit d’un choix de ma part car je ne souhaite pas trop trafiquer le son de ma batterie ni m’embourber dans des concepts de mixage trop poussés ou compliqués. Je suis batteur avant tout, pas ingénieur du son. Et j’ai par ailleurs toujours l’impression de tricher lorsque je retouche trop mon son.
Derniers mots, pour la route
Avant de vous laisser vagabonder dans les joies de l’enregistrement et du mixage, il me faut mettre en exergue certains points.
Réfléchissez bien à ce que vous voulez faire avant de vous lancer, et ne négligez pas le temps que vous devrez passer pour maîtriser votre matériel et le mixage. Il ne suffit pas de brancher des micros et de lancer l’enregistrement si l’on veut atteindre un bon résultat. Si l’on est plutôt flemmard, on préférera la méthode batterie électronique ou enregistreur simple (zoom) voire technique à deux-trois micros. L’enregistrement complet d’une batterie peut s’avérer complexe et prise de tête, mais aussi très plaisant. Ce n’est pas si compliqué pour obtenir quelque chose de bien, mais il faut prévoir d’y passer du temps.
Vous enregistrer ne vous fera pas sonner bien. Si vous êtes content du son de votre batterie lorsque vous en jouez, vous le serez peut-être beaucoup moins au moment de l’enregistrer, pour diverses raisons. Votre accordage et d’une grande importance à l’enregistrement, et si vous avez décidé de mater toutes vos peaux, vous manquerez de matière à l’enregistrement par exemple, alors que ça vous suffit en répète car cela fait beaucoup de bruit et que vous avez l’acoustique de la pièce pour vous servir. Vous devrez peut-être retravailler le son de votre batteuse en fonction de l’enregistrement. En théorie, cela ne devrait que vous faire progresser dans l’accordage de votre instrument, car pour la première fois vous l’entendrez selon une autre perspective.
A ce sujet, notez bien que l’enregistrement ne restitue pas le son acoustique réel que vous percevez en jouant ! Quand vous enregistrez, le son est perçu par des micros sans cœur ni âme, passe par des préamplificateurs qui se fichent pas mal de votre perception auditive, et enfin est restitué par des enceintes ou un casque qui a sa propre conception des sonorités. Tous les traitements sonores que vous ajouterez par MAO se feront donc selon une perception extrêmement différente de celle que vous avez en jouant, et ils doivent aussi être appliqués (l’equalizer en particulier) pour corriger les imperfections créées par la digitalisation du son, notamment induite par les microphones.
J’espère que cela vous aura intéressé, et que mes modestes connaissances en la matière auront été utiles à quelqu’un
Merci de votre attention !