
Une Ludwig des années 30. La pédale de grosse caisse pouvait taper également la cymbale!
La batterie est alors une extrapolation scénique de la percussion de fanfare réduite en espace, et dédiée à un seul instrumentiste qui joue le rôle de plusieurs musiciens. On l’utilise beaucoup dans les théâtres, les cinémas, des lieux où elle joue autant le rôle d’instrument de musique que de bruitage.
Bien sûr, elle accompagne aussi les orchestres et devient un instrument central dans le jazz. C’est de cette direction que va naître l’instrument tel qu’on le connaît aujourd’hui, grâce donc à Gene Krupa, le batteur de Benny Goodman entre autres, qui va se faire un ensemble cohérent avec une batterie Slingerland comprenant une caisse claire, deux toms médium et un tom basse, une cymbale ride, une grosse caisse et une pédale de charleston.
Avant cela, en 1909, William F. Ludwig propose la première pédale de grosse caisse qui préfigure la pédale de grosse caisse moderne...
Voyons maintenant qu’est-ce exactement qu’une pédale de grosse caisse en essayant de résumer sa fonction en un dessin le plus simple possible.

A gauche, l’objet consiste en fait en une lame de métal faisant ressort : la partie basse sert de base et se courbe de façon à former la semelle. Une tige métallique est enclenchée dans deux ergots qui maintiennent la batte en position verticale. Pour fixer la pédale au cercle de grosse caisse, la partie avant de la base prend la forme d’une pince qui fonctionne grâce à l’élasticité supposée du métal utilisé pour l’ensemble.
Le dessin de droite est une vue de profil de l’ensemble fixé à une grosse caisse ( en détail et en coupe).
Si cet objet fonctionne parfaitement en théorie, dans la pratique, on expérimente tout de suite les points faibles.
La pince de fixation
Si elle est solidaire de la base, il y a un problème puisque la plaque de la base doit être plane pour un parfait contact avec le sol alors que la pince, elle, doit épouser l’arrondi du cercle de grosse caisse.
On en déduit donc que la fixation et la base doivent être indépendantes.
L’axe base/semelle
Notre principe simplissime de tordre la même tôle pour la base et la semelle fournit un type de ressort qui n’est pas réglable. Cela veut dire que commercialement, l’objet n’est pas viable pour tous les acheteurs. D’autre part, la base et la semelle sont réalisées dans la même matière alors qu’elles n’ont pas le même cahier des charges à remplir. La base, en effet, doit être rigide et lourde, la semelle rigide et légère. Il faudra donc que le matériau utilisé pour cet ensemble soit un compromis entre les deux, ce qui n’est pas la meilleure solution.
En revanche, il suffit de désolidariser la base et la semelle pour régler le problème.
En faisant cela, nous avons néanmoins éliminé la fonction axe/ressort en la remplaçant par une solution axe uniquement. Il faudra donc créer un nouvel élément qui fasse office de ressort. Un ressort par exemple. Pas con. Mais aussi un principe pour que la semelle tienne en hauteur. Cela sera le rôle de la potence.
La fixation de la batte
A l’évidence, là aussi, notre fixation de batte n’est pas réglable. Cela veut dire qu’elle conviendra pour certains formats de grosses caisses, mais pas pour d’autres. Sur ce point, les fabricants cependant ne s’encombrent pas de grands principes. Les gabarits de grosse caisse les plus courants étant de 20, 22 et 24 pouces, les peaux de 18 pouces et rarissimes 26 pouces doivent se plier au compromis de recevoir un coup trop bas ou trop haut!
En revanche, il va sans dire que notre fixation risque fort de ne pas supporter bien longtemps son rôle de marteau sans en faire souffrir sa fixation, voire la semelle.
La batte devra donc être fixée solidement quelque part.
Notre deuxième schéma, qui a pris acte de nos remarques va donc avoir à peu près cet aspect :

A partir de ce dessin, nous avons les éléments minimum de ce qui constitue encore aujourd’hui une pédale de grosse caisse :
1 : l’attache à la grosse caisse qui solidarise la pédale et le fut.
2 : la base qui maintient la pédale au sol.
3 : l’articulation base/ semelle.
4 : la semelle.
5 : l’élément porteur du ressort
6 : la batte
La Ludwig de 1909 (Toe Operated Bass Drum) , avait déjà tous ces éléments, comme on peut le vérifier sur cette vue de face et d’arrière ( elle avait même un élément fondamental en plus dont nous parlerons plus tard):

Pour lire la suite : allez yeuter le blog "nécessairement inutile" de Kafka Kunzt qui a fait un remarquable travail sur ce sujet :
http://blog.kafka-kuntz.com/les-rois-de-la-pedale