Eh bien bravo.
Après une bonne journée (sic) de sommeil, je me jette donc sur l'écoute de tes titres.
Je présume que c'est à une analyse critique que tu souhaitais que je les soumette.
Allons-y donc sans détour mais non sans préalablement préciser un point : je ne te donne ici que mon avis tout-cru : il vaut ce qu'il vaut et n'a pas référence universelle.
Il fallait oser !
Faire cohabiter Haendel et Beethoven, tout en rhabillant complètement Mozart, il fallait oser...
S-M l'a fait !
Sarabande :
Avant que je n'oublie, il faudra que je reparle de Haendel en fn de page.
Tu es parvenue ici à installer de suite ce qu'il faut pour mettre directement l'auditeur dans le climat. Déjà, quand on a "ça" -qui ne s'apprend pas, c'est comme être photogénique : on l'est ou pas-, quand on a "ça" disai-je, on ne part pas avec rien.
Pour la forme, il y a de l'idée qui chemine dans des arrangements basiques, parfois dissonants et qui se mettent un peu à patauger mais les intentions sont bonnes malgré une basse peut-être un peu trop évidente. Côté mix, on ne peut pas vraiment critiquer à distance sur des fichiers compressés mais ça m'a l'air d'avoir voulu mettre trop en avant les cymbales. J'aurais sans doute davantage joué sur les contre-temps d'une batterie qui est cependant agréablement syncopée. C'est en place, la conversation entre instruments est plutôt bien sentie, je me suis plutôt amusé qu'ils s'engueulent parfois et que ton sax se retrouve "à l'ouest" sur plusieurs passages.
J'aime bien, il y a du pep's mais attention de ne pas vouloir à tout prix combler des vides pour en mettre de partout (je pense à ton saxo de droite au début) : autant ne rien mettre et tu vas y gagner. Des dissonances franches à la gratte pas vilaine, + discrètes elles sont moins réussies. Veille à ne pas bouger trop vite de ton siège après la prise : ça s'entend...
C'est ton morceau le + abouti des 3. Son final aurait gagné à être mieux travaillé. C'est assurément un morceau qui gagnera à mûrir, et assurément mûrira si tu en prends soin.
Marche :
Cette fois, à moins que ce ne soit voulu, la basse semble cherche la bizarrerie, ici, même si dans le fond elle est assez "attendue". Le traité, est en revanche très inattendu, l'ensemble est sympathiquement festif et laisse entendre des dissonances parfois intéressantes (décidément, tu sembles apprécier), parfois + dérangeantes mais là encore, sans doute est-ce un choix de jouer sur les deux registres. Mais lorsqu'on veut créer un effet, pour éviter qu'il ne se "flingue" lui-même, il nous faut savoir à l'avance où l'on va et... comment on y va.
Ici encore, je reste un peu sur ma fin avec une coda-queue-de-poisson.
Il n'en reste pas moins que c'est une approche intéressante de l'oeuvre. Mais pourquoi donc n'avoir accentué le trait en attirant et tirant l'oreille vers + de dramatisation, qui feraient sûrement ressortir à merveille cette allègre plaisanterie de Wolfgang. Car lorsqu'on veut être expressif, Il faut que l'on sente le côté "j'ai fait exprès" lorsqu'on y joue : "Il est possible de violer l'histoire, à condition de lui faire un enfant" disait Dumas.
Lorsque tu t'amuses ou que Mozart s'énerve de rire(s), je crois qu'il faut alors carrément "outrer" le sentiment qui prédomine pour que l'auditeur puisse se dise "là, ils ont mis le paquet".
Il y avait possibilité, on n'est pas passé loin, ce sera pour la prochaine. J'y crois.
Medley :
Les harmonies, pas toujours les mieux venues, sont toutefois en situation.
L'enchainement poli des titres entre les compositeurs a été bien choisi et l'ambiance "garden-party" restitue ce qu'il faut, les pupitres des vents de répondent gracieusement.
Mais attention : souvent, dans le désir de trop bien faire on perd davantage qu'on y gagne et c'est un peu le cas ici. La flotte maintenant ! Un autre climat encore pour cette proposition librement revisitée.
J'aurais peut-être envisagé de décadrer davantage la batterie, les instruments se marchent un peu sur les pieds. Et là, même si à mon idée elle n'est pas suffisamment en "pied de nez", je tombe assez d'accord sur ta coda, marrante mais sans +.
Mais attention, j'ai bien dit "à mon idée" (cf. Début-de-page).
Conclusion :
Dans la Musique, il faut savoir capter l'auditeur et le maintenir en éveil pour ne plus le lâcher du début à la fin du morceau.
Ci-et-là, on manque un peu de "détail" -qui moi, ne me gène pas, mais engluera systématiquement l'auditeur lambda (je parle ici de Mr tout-le-monde qui, avec raison du reste, se contrefout des critiques musicales MAIS a besoin d'avoir l'esprit en alerte, sinon "on le paume" en cours d'écoute)- le manque de détail, dis-je, est mis davantage en exergue par un mixage qui n'a pas bien été maîtrisé.
Bien que tu aies su éviter le piège absolu de mettre les drums trop en avant.
Mais le mix, comme tout le reste, te viendra naturellement avec le temps si tu ne te focalises pas sur trop de choses en même temps qui ont tendance à te disperser pour l'heure.
En bref, ce sont trois titres agréables au cours desquels tu as su planter le décor au travers de créations originales pensées avec goût et proposées sous des angles neufs. Il y a encore -et il y aura toujours- du travail, qui paie toujours au fil du temps et je trouve que celui présenté donne très envie d'en entendre +.
Les moyens à disposition, qui ne permettent pas (c'est tant mieux pour l'instant !) d'explorer toutes les possibilités et astuces, ont été majoritairement bien exploités et l'économie de moyens qui vise l'efficacité a plutôt été bien canalisée.
En tout cas moi j'y ai trouvé mon compte et j'en redemande tant on sent que tu t'es fait plaisir et c'est au final ce qui compte, bien avant tout le reste.
Merci et bravo, tu as su éviter de nombreux écueils ostentatoire, ta musique est pleine de respirations et nous démontre qu'elle est bien en vie.
Maintiens ton auditeur en haleine et prends ton temps.
Pour aller + loin.
je rappelle ne livrer ici que ma seule opinion, gardant toujours à l'esprit qu'il est toujours bien + facile de critiquer que de faire.
Toutefois, si tu souhaites approfondir, je me permets de te suggérer l'écoute de quelques incontournables, choisis ici dans ton style, mais ayant tous en commun, s'agissant de Mozart, d'avoir été véhiculés par des sujets ayant un rapport direct ou indirect avec un axe Nancy-Salszbourg.
-
Paul PIOT : pour la rythmique.
Orchestrateur moderne avant l'heure, qui a signé toute sa vie durant pour les + grands de la chanson. Son approche rythmique (il en était dingue) reste un modèle du genre. Pas facile, j'imagie, à trouver de nos jours sur les "supports musicaux" modernes, à écouter principalement te concernant sur des titres comme : "Ma maîtresse, ma femme", "L'enfance de Bach", "Les Zazous". Mais tout ce que tu trouves sur Piot (même Tino Rossi, je suis très sérieux bien que n'ayant aucun attrait particulier avec "ses" chassons) sera bon à se mettre sous l'oreille.
- François
RAUBER : pour l'harmonie.
Entre autres, compositeur de Jacques Brel, il en était son arrangeur attitré.
Tu pourras écouter avec fruit titres sur les "Musiques de cirque pour petites oreilles", "Brass Quintet solo"... entre autres. Tant sur l'écriture horizontale que verticale, il semble tout pouvoir résoudre en trois traits de crayon.
Lorsque je l'ai connu, il composait un hymne olympique et réduisait pour piano le Requiem de Fauré. Son talent -et, j'ose le mot : son génie- n'avait d'égal que sa simplicité : ça s'entendait jusque dans l'intérieur de ses notes.
Piot et Rauber (l'un comme l'autre aurait être pu être mon papy) sont restés d'une époustouflante jeunesse jusqu'au dernier souffle.
- James
LAST : pour l'ambiance, pour l'atmosphère et le mixage.
Parmi ses centaines de disques enregistrés (pas loin de 2.000 références, que je suis très loin de connaître in-extenso !), citons pour ton usage : "Sax a gogo", "Trumpett a gogo", "Polka Party" et "With compliments".
Plutôt moqué par ses pairs (tout comme le fut dans un autre domaine Karajan), je trouve son idée d'arrangements assez savante pour son temps et le "coup de vernis" des mixages de sa riche collection est à mon goût, dans ce style de "reprises", le meilleur qu'on ait jamais entendu. Signatures sonores fort avenantes, du teuton mais sans cavalerie qui sait capter l'attention tout en restant festif.
- Les live de Bert
Kaempfert, contemporain du précédent sont à découvrir aussi, dans un mode + vieillot et moins flatteur d'oreille, mais qui a de ce fait tout son charme.
- Walter
CARLOS : "Switched on Bach" : du Bach joué par une nana sur le MOOG émergeant (1968); Moog étant -pour faire bref- l'inventeur du "synthé" dont un allemand lui donna inspiration. Et comme parfois, tout comme l'invention du marteau dans l'histoire de l'humanité, souvent les premiers essais furent carrément des coups de... Maître(s) ! Ses autres faits d'armes sont la B.O d' "Orange mécanique" et "Shining"...
Et enfin, hors-compétition (y compris géographique) : Jacques
Loussier. Que tu dois connaître, je présume. On prend tout : trio, musique électronique... Fascinant personnage qui a enregistré tout le monde, de Pink Floyd à AC/DC !...
Eux aussi, avaient "osé" !...
Ah oui ! j'allais oublier... pour conclure sur une touche humoristique, voici une anecdote sur Haendel (Händel, en allemand), anecdote promise au début...
L'hymne britannique est en fait français, anglais, italien, et aussi allemand...
En résumé, ça s'explique comme suit (version confirmée par Hector Berlioz) :
On opère en ce temps-là Louis XIV d'une fistule dont on craint qu'elle ne lui soit fatale.
Contre tout espoir, le roi est finalement sauvé par les médecins. On organise à grands frais des fêtes à Versailles, et Lully (italien) compose une partition, martelée en fin de chaque couplet d'un : "
Dieu sauve le roi".
Lully mourra du reste sans pouvoir être sauvé par les mêmes médecins, à l'issue d'une répétition où il se frappa le pied avec son bâton de direction (ancêtre de la baguette d'orchestre, mais que l'on frappait lourdement au sol pour indiquer le tempo).
Haendel (ou : Händel, comme on voudra, venu au monde en Allemagne, presque à la mort de Lully), une fois devenu sujet anglais, est lui aussi dans les papiers les + en vue du royaume (d'Angleterre, cette fois). Pour une commande de festivités, il reprend la partition de Lully et la retranscrit -des langues disent : "il la plagie"- et propose un "
God save the king" qui fera date. En effet tous les pays sous protectorat britannique le reprennent comme "hymne officiel".
Ainsi donc, ce baroque hymne ternaire, que l'on entend de nos jours à chaque anniversaire de "la Reine", aux compétitions de foot et partout ailleurs est donc bien :
italo-franco-germano-britannique !... Une vraie pré-vision de l'Europe, en somme... dont l'hymne propre est composé par Beethoven, petit-fils d'un Belge de Malines...
Mais c'est là une autre histoire, charlesdickenserais-je...
Voilà Chère S-M !
En espérant que tu ne m'en veuilles pas trop

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